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20 juin: projection-débat du documentaire "Eurovillage"

À l'occasion de la journée mondiale des réfugiés, Bruxelles Laïque, le CIRÉ et le CNCD-11.11.11 vous invitent à la projection-débat d'Eurovillage, un documentaire de François Pirot sur le quotidien des résidents d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé au beau milieu des Ardennes.

Eurovillage, un village de vacances isolé au milieu de la forêt ardennaise, a été converti en 2011 en centre d'accueil pour demandeurs d'asile. Les résidents qui l'habitent y attendent, pendant une durée indéterminée, la réponse à cette question angoissante: vont-ils oui ou non obtenir un statut de réfugié et avoir l'autorisation de rester sur le territoire belge? Comment traversent-ils cette période, déconnectés de la vie réelle, suspendus entre ce qu'ils ont quitté et un futur incertain, qui, pour un grand nombre d'entre eux, prendra la forme d'un "ordre de quitter le territoire"?

Le réalisateur belge François Pirot filme cette réalité avec talent, mais aussi avec beaucoup de respect pour les personnes qu'il a rencontrées. L'attention toute particulière qu'il porte à l'environnement du centre, à l'extrême tranquilité qui l'entoure, lui permet d'évoquer avec force le climat d'attente qui y règne. Grâce à cela, son film permet de mieux comprendre ce que vivent les demandeurs d'asile et les personnes qui travaillent à leurs côtés. Le CIRÉ l'a rencontré (interview ci-dessous).

Infos pratiques

Le lundi 20 juin à 20h au Cinéma Aventure à Bruxelles (plan d'accès)

La projection sera suivie d'un échange en présence de Massoud Seydo, ancien habitant du centre d'accueil Eurovillage, Malou Gay (CIRÉ), Mathieu Bietlot (Bruxelles Laïque) et Cécile Vanderstappen (CNCD-11.11.11).

Réservation avant le 15 juin: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou 02 289 69 00

Plus d'infos sur l'événément Facebook de la soirée.

3 questions au réalisateur

Comment vous est venue l’idée de ce film ?

François Pirot : C’est toujours difficile de dire pourquoi on fait un film. On a envie de découvrir quelque chose, sans savoir exactement ce qu’on va découvrir. Je connaissais ce lieu dans sa fonction passée, cette région est celle de mon enfance. Et un jour, j’ai découvert qu’il avait été transformé et qu’il abritait plusieurs centaines de demandeurs d’asile. Ça faisait un certain temps que j’étais intéressé par la question des demandeurs d’asile. Elle n’était pas autant à l’avant-plan de l’actualité qu’elle l’est aujourd’hui, mais elle était déjà présente. Et je trouvais que la presse, souvent, parlait de groupes, de chiffres, sans vraiment mettre de visages sur ces personnes. J’avais envie, grâce au cinéma, de les rencontrer. Ce lieu, ces paysages que je connais très bien, ont été une porte d’accès pour les rencontrer.

Vous avez dit du centre qu’il était comme « un paquebot dans l’océan »… Pourquoi ?

François Pirot : La chose qui frappe le plus quand on arrive au centre, c’est son isolement. Il est vraiment au milieu de la forêt, et Herbeumont est une toute petite ville où il n’y a pas vraiment de choses à faire. En cela, je trouve que ce lieu raconte visuellement ce que les personnes traversent. C’est-à-dire qu’elles sont arrivées sur le territoire européen, mais elles ne peuvent pas encore vraiment l’investir puisqu’elles ont juste la permission d’y rester le temps de leur procédure, sans savoir si elles vont pouvoir s’y fixer. Elles sont là, mais le voyage n’est pas tout à fait terminé. J’ai eu cette image de personnes rassemblées sur une espèce de navire au milieu de la forêt sans qu’elles sachent si elles allaient pouvoir toucher terre un jour. Ça me semblait bien représenter l’état réel et émotionnel dans lequel ces personnes se trouvent, et qui est très difficile à vivre.

Qu’avez-vous appris au contact de ces personnes ?

François Pirot: J’ai été conforté dans l’idée qu’il fallait mettre des visages sur ces questions-là, et que les demandeurs d’asile sont des individus qui ont chacun une histoire, un passé, une personnalité différente. Il faut se souvenir de ça et ne pas essayer d’appliquer des solutions générales, globales et faciles à quelque chose qui est humain, complexe et très varié. Il faut à tout prix continuer à montrer ces individualités plutôt que d’en parler comme un phénomène, un groupe ou une étiquette, parce qu’alors on peut alimenter la peur. Dès qu’on se rapproche de ces gens, dès qu’on les rencontre réellement, on se rend compte qu’il y a beaucoup plus de choses qui nous relient que de choses qui nous opposent.

Je me suis aussi rendu compte à quel point le fait d’avoir une maison, au sens d’avoir un endroit où on peut être pour construire des choses, est la base de toute existence. Être dans une situation où on n’a pas ça empêche toute construction et suspend les gens dans un état qui est vraiment très douloureux. Le droit de pouvoir simplement être sur un territoire pour construire quelque chose, c’est vraiment un des droits les plus fondamentaux. Ça m’a rappelé à quel point nous avons une liberté de mouvement, et à quel point d’autres n’en ont pas. Ce privilège implique une vraie violence à l’égard des personnes qui n’ont pas eu la chance de naître dans un pays où la situation était plus calme et plus facile.

Ce film m’a appris des choses simples, mais qu’il est toujours bon de reconscientiser.

Dernière modification le mercredi 08 juin 2016 10:51